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En ce moment la compagnie du visage joue






--> L'étranger (Albert Camus)


affiche étranger« Une adaptation théâtrale de L'Étranger ». On arrive plein de préventions – qui sont balayées en quelques minutes : non, le texte de Camus n'est pas utilisé ; il est servi, magnifiquement, par le découpage, la mise en scène, le jeu théâtral.

  Meursault pour moi n’ est donc pas une épave, mais un homme pauvre et nu, amoureux du soleil qui ne laisse pas d'ombre. Loin d'être privé de toute sensibilité, une passion profonde, parce que tenace, l'anime, la passion de l'absolu et de la vérité...
 

Meursault, employé de bureau à Alger, apprend que sa mère est morte dans un asile. Il va l'enterrer sans larmes sous un soleil de plomb et c'est sous ce même soleil assommant qu'il tuera : « c'était comme quatre coups brefs que je frappais sur la porte du malheur ». Il finira jugé et condamné à mort...

Mise en scène scrupuleusement par Avner C . PEREZ et puissamment interprété par Pierre- Jean PETERS la pièce, adaptation par  la Compagnie du Visage du texte phare de la littérature française du XXème siècle : L’Etranger d’Albert Camus (prix Nobel 1957) - présente  toute cette opacité mêlée à la transparence , toute l’« étrange étrangeté » du personnage de Meurseault.
Le texte brut, la matière littéraire est donné à entendre et la part qui revient à l’émotion visuelle, charnelle, est aussi proposée en écho …
« L’étranger » n’a pas perdu de son intérêt. Les adolescents aujourd’hui, s’y reconnaissent toujours…

Mise en scène et adaptée par  Avner Camus PEREZ
Avec Fabien DANIGO et Clara DEL CAMPO 
dans une version ravivée et une interprétation renouvelée (nouvelle distribution)


--> Le retour des Anges (Avner Camus Perez)

affiche angesDeux êtres, « effarés du monde », se trouvent dans un no man’s land : les docks d’un port incertain. Lui crie  le récit d’épisodes qu’il charrie douloureusement de sa mémoire brûlante. Elle, perdue dans cet espace où elle a élu domicile, l’écoute d’abord distraitement, enivrée qu’elle est, par les embruns du port et l’alcool qui l’accompagne.

Ce faux dialogue « flottant » au rythme fort du rappel des souffrances du passé, dans un pays où la torture a sévi et où leur amour est né.  « Elle » et « Lui » sont entraînés dans un abîme de sentiments. Ces deux égarés finissent par se reconnaître. Comme deux anges ils épurent le temps de l’histoire avec sa « grande  hache » et reconquièrent leur propre histoire …

Une pièce fondée sur une série d’intensités, de scansions, au rythme de flux et d’effluves marines qui donnent sens aux émotions complexes de ces êtres hors du temps…et qui retrouvent le temps de leur amour blessé…

Pièce écrite et mise en scène par Avner Camus Perez
Avec Laura CHARPENTIER et Guillaume LOUBLIER






La compagnie du visage a joué



Hannah Arendt, "EXIL ATLANTIQUE" (texte et mise en scène de Avner Camus PEREZ)

affiche hannahNote d'intention

Par avner Perez

Sait-on ce que c’est que de se voir expulsé hors du temps. Sait-on ce qu’est le retrait des lueurs de son siècle. Cette sorte d’effacement, de devenir-poussière, qui fait que l’on vous retire de votre époque. le Monde alors disparaît, n'est plus représenté pour vous, n’a plus d’adresse, ne répond plus aux signalements habituels. Il devient comme chassé, congédié de ce quotidien auquel chaque homme aime à s'attacher. Chaque ligne de chance du jour s'évapore. Plus de radeau possible dans ce chaos qui s'installe.

Qui peut dire qu’il connaît ce retrait là. Un pas en arrière, non pas pour créer une distance volontaire, ou pour signifier son îlot de sauvetage, non, un retrait blessant pour celui à qui on annonce son licenciement du Monde. Celui qui est frappé de cette rejet là, de cette décision de déclassement a fini par ne plus appartenir à l’ordre de la catégorie elle-même. Il n’a même pas le statut de trace. Hors-la-loi, mais hors-le-monde lui-même…. "Acosmique"

Cette position Hannah Arendt l’a ressentie, décrite et transmise comme la marque inédite de notre siècle. Cette possibilité-là. Cette expérience-là, de désertion du Monde, pour ceux que l'on a disqualifiés.

On le sait Hannah Arendt aimait à citer René Char qui, parce qu'il a vécu les heures sombres de l'Europe malade de ces temps embourbés dans la plus haute des barbaries, de ces moments de fureur dans la démission, de ces saisons vécues dans la lâcheté des renoncements, et dans l'instauration de normes fondées sur la trahison, avait dit: "nous ne sommes précédés d'aucun héritage"

Reprenant la phrase du poète admirable, elle voulait signifier en cela, que nous avons à prendre en charge unimage hannah héritage qui ne nous revient pas de fait, comme un dû inséré à notre nature propre, mais que nous avons à le conquérir de droit. L’arracher avant qu’il nous échappe. Cet héritage, est à chaque fois à retrouver pour constituer, avec les difficultés que cela représente, une nouvelle naissance, une "re-natalité" propice aux enchantements du vécu des hommes issus du Monde commun des hommes.

Nous avons à reprendre notre tradition européenne, notre humaine vision des choses du monde, et nous avons à retrouver cette autorité disparue, celle de la culture de l'esprit, de la "vie de l'esprit". Nous avons à devenir des précurseurs, initiateurs de la généreuse force spirituelle qui a mené les européens à une proximité de condition, à une affinité éthique.

Nous devons retrouver cette accointance amicale dont parlait Montaigne et qui est à appliquer au mode du vivre-en-commun grec qui, selon Arendt, renverrait à cette amitié hellenique des hommes de la Cité. La Polis qui met en commun et à qui l’on donne en commun...

Un tissu d'amitié pour tisser dans la Polis le feu d'un mitsein consenti, volontaire, assumé.

Hannah Arendt s'est toujours retrouvée à des frontières d'états, de nations, de situations. Elle s'est vue emportée également à la lisière intime de sa conscience propre d'exilée, et qui faisait d'elle une funambule de la raison active, une fille de l'autre instance. Dans sa relation au Monde commun comme dans le secret de ces fascinations particulières et tout simplement dans la sphère de ses amours clandestines ou affichées.

Réfugiés, apatrides, exilés, sans papiers, rejetés à l'orée du Monde, tous, pourraient lui être redevables d'avoir montré par sa vie et d'avoir donné les moyens de comprendre par sa pensée, que l'exil se paye du prix d'une condition hors du " foyer relativement sûr , relativement impérissable dont les hommes ont besoin".

Lorsque ne subsiste aucune permanence, lorsque "les hérésies les plus terrifiantes" supplantent les vérités partagées du Monde commun alors, la porte s'ouvre pour se débarrasser des êtres les plus fragiles, des créatures devenues peuple-paria qu'on relègue dans l'acosmie.

image hannah 2Elle a été de ceux-là. Réfugiée privilégiée certes, apatride en réserve, elle a fini tard par devenir, malgré elle, américaine, exilée particulière. Elle n'en a pas moins subi, comme tous les hors-la-loi des "sombres temps", qui fuyaient le monde qui leur était familier, une errante, une fugitive, qui connut le Galout , cet exil diasporique qui fige l'être dans son identique identité, et le transforme en étranger aux autres, et parfois à lui-même.

Dans son cas, il vrai, la force de la pensée, la puissance de compréhension, la véritable posture solidaire face aux ingratitudes des temps, ont fait d'elle une remarquable analyste du siècle et de ses troubles. Une flamme toujours vacillante dans les sombres temps.

En Janvier 1941 Hannah Arendt avec son second époux, Henrich Büchler, rencontré en France au moment de la fuite du camp de Gurs , arrive à Lisbonne, lieu d’espoir et zone de folle espérance pour un grand nombre de réfugiés. Entre-deux propice à toutes les effervescences, les joies, les peines, les craintes. Porte d’entrée et de sortie, passage et no man’s land vers les rades de l’Atlantique. Vers "la fortune de l’Amérique". Carré, provisoirement protégé, entre le vieux et le nouveau continent .

Certains exilés étaient parvenus sur les bords du Tage blafard avec pour tout bagage la vague prémonition d’une dignité à retrouver. D’autres se sont cassé les dents avant d’atteindre l’embarcadère sombre des égarés de la villeimage hannah 3 blanche. Arrêtés en Espagne ou refoulés au Portugal même, ils ont désespéré des temps messianiques. Aucune Mer rouge ne s’ouvrira sur leur destin bloqué. Walter Benjamin, ami d’Hannah qui, las d’attendre, ou pressé d’en finir avec cette curieuse et terrible étoile qui a fait de lui « ce petit bossu, maladroit et malchanceux » édifiant une sorte de réussite à partir de son échec - décidera de précipiter son sort incertain à la frontière espagnole. À Port-Bou, quelques temps à peine avant le séjour d’Hannah et Henrich à Lisbonne, il se suicide, la veille du départ réussi de ses compagnons d’exil.

C’est dans ce contexte que les fugitifs, grâce parfois à l’aide du consul portugais de Bordeaux -Aristides de Sousa Mendes -, ont pu rallier leur chemin d’exil atlantique.

Lisbonne des années quarante est une ville pleines d’espions, de mouchards, de dandys et de desesperados. On ne sait plus à quel saint se vouer, on est en perte d’identité. On s’épie pour mieux comprendre la position du pays, entre accueil de réfugiés et collaboration avec le régime nazi. Entre courbettes à l’Angleterre et compromis au troisième Reich.

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Huis Clos (Jean Paul Sartre)

huis cloas afficheContrairement à ce que peuvent évoquer les pièces de Sartre pour un certain public qui veut toujours dépoussiérer le siècle des références devenues canoniques, elle peuvent, si l’on prend le temps de les relire sans ces préjugés au goût du présent, rencontrer aujourd’hui des échos tout à fait en phase avec les vécus actuels. « Huis Clos » et Sartre ne sont pas seulement une œuvre et un auteur pour « classes Terminales », ils excitent l’imagination et éveillent la pensée de tous.  « Huis Clos » est une pièce qui n’a pas vieilli !  Elle pourra même représenter pour le public jeune mais aussi moins jeune, un phare de la création artistique pour aider à réfléchir et à surmonter les défis réels de nos temps et ceux à venir. 

             Certes l’époque paraît un peu moins troublée, apparemment moins critique que celle de la dernière guerre qui a vu cette pièce éclore, mais la nôtre reste tout autant problématique avec ses pertes de repères et ses méfiances face aux engagements modernes…son souci d’y comprendre quelque chose à nos rapports aux autres hommes et à nos  existences communes. 

Le rapport à Autrui, l’engagement, la lâcheté, la responsabilité pour l’autre, la liberté, la prise en charge de ses actes, son « projet »,  ces thèmes et concepts sartriens ne peuvent pas ne pas concerner tout le public contemporain. Lorsque Sartre en 1944 écrivit cette pièce qui devait être interprétée par Albert Camus lui-même dans le rôle de Garcin – mais qui finit par être jouée par des professionnels – il l’avait conçue comme une forme de résistance à l’environnement hostile des années barbares de l’occupation…. Elle reste pour nous une forte inspiration pour les combats et les promesses d’aujourd’hui…





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